Dossiers Analyses Disney a-t-il massacré "Star Wars" ou bien ce sont les fans ?


Disney a-t-il massacré “Star Wars” ou bien ce sont les fans ?

Attention : risque de spoilers pour ceux qui n’ont pas vu la nouvelle trilogie.

Lorsque The Walt Disney Company a racheté Lucasfilm en 2012, on se doutait que la franchise Star Wars allait continuer à s’agrandir. Chose faite lorsqu’une nouvelle trilogie a été annoncée, faisant la suite de la trilogie d’origine.

Logo Star Wars

Un grand débat depuis l’arrivée de Star Wars : Le réveil de la force est lancé depuis 2015, renforcé en 2017 avec Les dernier Jedi et entériné avec L’ascension de Skywalker en 2019. On le voit dans les discussions, sur les commentaires Internet, dans la presse… Ces trois nouveaux opus sont loin de faire l’unanimité et cela va jusqu’à la fameuse phrase :

“Disney a massacré Star Wars !”.

Alors, est-ce bien le cas ?

La trilogie de la contestation et du désamour.

Que peut-on reprocher à cette nouvelle trilogie Star Wars ? Premièrement, que Le réveil de la force est un copier/coller du scénario de Un nouvel espoir. Il faut reconnaître qu’on y retrouve des similitudes : un droïde qui détient un plan, un personnage qui se découvre des pouvoirs, un méchant qui porte un casque, une version améliorée de l’Étoile de la mort… Le réalisateur J.J. Abrams l’a lui même reconnu qu’il a pris plusieurs éléments afin de reposer un univers connu pour pouvoir lancer de nouvelles choses. On peut donc comprendre la colère des fans qui s’attendaient à du renouveau complet plutôt qu’une sorte de recyclage. Puis la mort de Han Solo a choqué également.

Affiche Poster star wars réveil force awaken disney lucasfilm

Vient alors Les dernier Jedi. Nouveau reproche fait au film :

“C’est trop différent et rien à voir avec Star Wars !”.

En effet, le réalisateur Rian Johnson a proposé beaucoup de nouveautés et non des moindres : la fin du manichéisme. La Force et le Côté Obscur ne sont plus autant dans la caricature et les deux héros Rey et Kylo sont partagés sur le camp à choisir, étant parfois dans les deux à la fois. Il a également supprimé le Leader Suprême Snoke alors qu’on pensait qu’il serait le grand méchant de la trilogie. Puis, Leia dans l’espace n’a pas été apprécié par beaucoup. Enfin, le personnage de Luke Skywalker s’est fait éreinté par les fans, et même par son acteur Mark Hamill lui-même. Mais prenons un peu de recul cette fois-ci.

Le septième épisode se fait démonter car copier/coller du quatrième et le huitième volume se fait démonter car trop original. En clair, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent. Les “grands fans” parlent évidemment de l’univers étendu et autres productions annexes comme les livres car ils sont à fond dedans. Sauf que depuis le rachat en 2014, l’univers étendu n’est plus considéré comme le “canon”, donc à ne pas relier avec les films. En revanche, pour le spectateur lambda qui se contente des trilogies, on prend ce qu’on nous présente et on ne peut donc pas chercher des incohérences. Quant aux fans plus classiques qui restent qu’aux films, oui il y a eu de la nouveauté mais peut-on reprocher aux scénaristes de tenter quelque chose de nouveau dans l’univers Star Wars avec Les dernier Jedi ? Preuve en est que même s’il est détesté par beaucoup, il est également adoré par plusieurs personnes pour le qualifier de “meilleur Star Wars” (comme ce fut notre cas). Pourquoi ? On y reviendra un peu plus tard.

Affiche Poster Star Wars 8 Dernier Jedis Last Lucasfilm Disney

Avec l’arrivée de L’ascension de Skywalker pour clore la saga et la trilogie, les critiques sont toutes aussi assassines avec, à l’heure où on écrit cet article, une approbation de 57% sur Rotten Tomatoes par la presse américaine, faisant de lui le second pire Star Wars (La menace fantôme étant le pire tout court). J.J. Abrams, de retour pour cet épisode, a pourtant réussi à rassembler tous les morceaux pour offrir des fins tout en apportant du fan service intéressant au service de l’histoire. Certains vont crier : “faire le retour de Palpatine, trop facile comme idée”. En même temps, quand les scénaristes partent sur du nouveau, ils se font conspuer aussi.

Affiche Poster star wars ascension rise skywalker disney lucasfilm

Il faut cependant reconnaître une chose, Disney et Lucasfilm ont fait une erreur sur cette trilogie : ne pas avoir créer une histoire de trilogie directement. En effet, chaque réalisateur (il devait y en avoir un différent par épisode) avait carte blanche et donc aucun ne s’est concerté pour savoir où il fallait aller. La suppression de Snoke par Johnson n’était pas dans l’idée d’Abrams mais l’arrivée de Palpatine était la sienne depuis l’épisode 7 alors que le réalisateur d’origine qui devait faire le neuvième film ne l’envisageait pas. Pourtant, on arrive quand même à avoir une trilogie qui se tient.

Retour sur la prélogie : une perte de mémoire ?

Revenons en arrière lorsque George Lucas annonce vouloir faire la prélogie, montrant comment Anakin Skywalker devient Dark Vador. Cette idée, il l’avait déjà lors de la sortie de Un nouvel espoir en 1977, vu qu’on commence déjà par l’épisode IV.

Ainsi, avec La menace fantôme en 1999, on repart aux origines avec Anakin enfant, Obi-Wan simple Padawan, les Jedi au sommet et les Sith qui s’étendent dans l’ombre. Pourtant, ce premier épisode a également été très décrié à sa sortie par son manque de charme et son avalanche d’effets spéciaux. Surtout, par l’arrivé des midi-chloriens, un organisme cellulaire, qui expliqueraient l’origine de la Force. Élément qui semble venir de nulle part et qui déçoit car on découvre que l’origine est biologique et non “mystique”. Déjà là, les fans étaient mécontents.

Affiche Poster star wars prélogie menace fantome phantom disney lucasfilm

Puis vient L’attaque des clones qui aura fait couler beaucoup d’encres. La romance a une place beaucoup trop importante pour certains, la politique est surexploitée pour d’autres… Ce film n’arrive pas à attirer les bonnes grâces pour se faire apprécier. Il faut également ajouter un acteur peu charismatique (Hayden Christensen), des effets visuels de plus en plus omniprésents même pour les choses les plus simples mais surtout un personnage horripilant pour tous : Jar-Jar Binks.

Affiche Poster star wars attaque attack clones disney lucasfilm

Quant arrive La revanche des Sith, le point d’orgue de la saga est à son apogée : enfin on va avoir le duel tant attendu entre Anakin et Obi-Wan, enfin on va voir l’avènement de l’Empire et les “naissances” de Palpatine et de Dark Vador. L’épisode est alors assez apprécié des fans mais si on y regarde de plus près, il n’y a en réalité que les trente dernières minutes qui sont dans les mémoires.

Affiche Poster star wars revenge revanche sith disney lucasfilm

Cette prélogie aura donc eu son lot de contestations également, de désaccords, de désamour, peu d’intérêts… Mais est-ce le faute de Disney ? Et bien non, car à cette époque, Lucasfilm était indépendante. On ne peut blâmer que son créateur George Lucas qui n’a pas réussi à nous scotcher dans notre fauteuil à part pour un duel mémorable et une respiration célèbre du cinéma. Soit trente minutes sur près de sept heures de trilogie.

Que l’humour soit avec toi.

Point commun avec les trois épisodes Disney/Lucasfilm : l’humour. Certains disent que la maison aux grandes oreilles en a trop fait. Vraiment ? À part Poe qui a le mot pour rire sans surenchère et les interactions qu’il a avec Finn et Rey, c’est dans la nature du personnage. On pourrait ajouter le fait que Luke jette son sabre (mais cela s’explique par la volonté du personnage à ne plus vouloir être impliqué dans les Jedi) ou qu’il trait une créature pour boire du lait (scène cocasse mais effectivement au potentiel humoristique limité).

Image star wars réveil force awaken disney lucasfilm

Mais Disney a-t-il trop mis d’humour ? Dans la trilogie d’origine, Han Solo n’est-il pas celui qui a le mot pour rire ? Faisant des allusions ? Plaisantant quand la situation ne l’exige pas ? Ah oui, les fans diront “oui mais c’est le personnage !”. Donc pour Poe Cameron ce ne doit pas être le cas ?

Image star wars retour return jedi disney lucasfilm

Pire encore, revenons à la prélogie. Jar-Jar Binks est le summum du personnage comique de la saga Star Wars mais un effet comique pour qui ? Les petits enfants ? Car ce personnage est l’élément qui cristallise les fans tant il est insupportable par sa manière d’être et sa façon de parler. Il ne sert qu’à faire des gags et des situations comiques sur une bonne partie des films.

jar-jar binks star wars attaque clone disney lucasfilm

Finalement, dans les trois trilogies, l’humour était présent (même si très accentuée dans la prélogie), ce n’est donc pas la faute de Disney.

Dans une époque lointaine, très lointaine…

Si on regarde bien, on parle des fans qui sont mécontents de ce que devient la saga mais de qui parle-t-on exactement ?

En effet, la génération qui a connu la première trilogie au cinéma a bien évolué en cinquante ans. Les mentalités ne sont plus les mêmes et les attentes non plus. Avec la prélogie, une autre génération a pris le relais en ayant la précédente aussi dans les salles. Si on met maintenant la postlogie, on se retrouve avec une nouvelle génération associée à deux autres.

Image star wars new hope guerre étoile disney lucasfilm

Voilà peut-être le cœur du problème. Chaque trilogie apporte de plus en plus son lot de contestataires car la salle devient de plus en plus hétéroclite en terme de générations. Certains vont dire que les épisodes 4 à 6 sont les meilleurs, d’autres vont dire que ce sera du 1 au 3 et d’autres du 7 au 9. Cela dépend de quand on les a découvert.

Si on retourne le problème dans l’autre sens, autre que par la génération, il y a aussi l’âge à laquelle on s’y met. Mettez un jeune enfant devant la trilogie après avoir vu la postlogie, il va sûrement être déçu et détesté ça car pour lui, Rey est la Jedi ultime et Kylo le méchant parfait. Il en est de même si on est plus grand. Un adolescent ou un adulte devant la trilogie ne va pas forcément accroché. Pourquoi ? Tout est affaire de contexte.

image star wars ascension rise skywalker disney lucasfilm

En prenant du recul, les épisodes 4 à 6 ont quand même bien vieillis, ont une histoire hyper classique et limite caricaturale. Comment expliquer le succès et l’attachement profond qu’ont certains fans sur cette trilogie ? À l’époque de sa sortie, Star Wars était un OVNI cinématographique. Il y avait une épopée d’envergure de science-fiction avec des effets visuels révolutionnaires, des prouesses technologiques jamais vu… De quoi marquer des esprits qui découvraient ça pour la première fois. Au-delà, Star Wars a imposé la science-fiction comme un genre majeur du cinéma et a ouvert la voie à de nouvelles productions. Là où la postlogie et la prélogie n’ont pas pu marquer autant les esprits.

Scénariste, tu seras.

Cela prend de plus en plus d’ampleur avec les réseaux sociaux et le fait de pouvoir s’exprimer bien plus facilement et à plus grande échelle. Si les fans sont aussi critiques, c’est aussi que leur passion a pris parfois le pas sur le plaisir du créateur. On s’explique.

Plus on adore quelque chose, plus on a des avis dessus. Quand il s’agit d’un univers aussi développé, on s’élabore des histoires, des fins, des intrigues… Forcément, quand le résultat arrive à l’écran, on peut en avoir des déceptions car ce n’est pas ce qu’on avait imaginé.

C’est ce qui se passe avec cette nouvelle trilogie. Les fans avaient probablement beaucoup d’idées, des envies, des personnages qui auraient connu un autre sort, une autre utilisation…

Image star wars attaque attack clones disney lucasfilm

C’est pourquoi on revient sur un point cité plus haut : on adoré l’épisode VIII car il a proposé ce qu’on attendait : du renouveau, la fin de la caricature du bien contre le mal, des personnages plus profonds… Des éléments que ceux qui voulaient rester dans la même lignée ont détesté.

En fait, tout le monde cherche à devenir scénariste et critique quand le résultat n’est pas celui escompté. On peut dire que c’est normal et humain. Mais l’attente est parfois trop forte qu’il est impossible de contenter tout le monde par les scénaristes sur un projet de cette envergure.

Conclusion.

Il est donc faux de dire que Disney a massacré Star Wars. La postlogie se pose sur une nouvelle génération, de nouvelles attentes, sur une époque précise, un autre contexte.

Puis si Star Wars était aussi massacré par Disney, pourquoi un box-office aussi explosif sur cette nouvelle trilogie ? S’il y a des gens dans les salles, c’est que l’engouement est là. Puis tous ceux qui ont détesté Les dernier Jedi ne devraient donc pas aller voir L’ascension de Skywalker si on conserve la logique. Or, il va encore affoler les compteurs car les mêmes détracteurs vont aller le voir. Un plaisir masochiste ou un plaisir tout court ?

Pire encore si on poursuit ce raisonnement. Si Solo a effectivement déçu, que dire de Rogue One qui a quasi l’unanimité pour dire que c’est un bon film ? Et pire encore, que dire de The Mandalorian qui arrive à être la série la plus côtée de 2019 par la presse comme par le public. C’est pourtant Disney qui est à la barre.

capture mandalorian disney + lucasfilm star wars

On peut donc dire que la faute revient aux fans dans le sens que chacun vit l’univers à sa manière. On a tous des attentes différentes, des approches différentes, des sensibilités différentes. Star Wars a marqué l’histoire du cinéma, l’histoire de la pop culture, et ce, Disney ou non. Là où Disney devrait être remercié, c’est qu’ils ont réussi à attirer une nouvelle génération sur la saga en en faisant quelque chose d’inter-générationnelle : les grands-parents (trilogie), les parents (prélogie), les enfants (postlogie). Ce qui fait que dans une cour de récréation, on peut retrouver Rey en train d’affronter Dark Vador avec Obi-Wan Kenobi.

Que va-t-il advenir de Star Wars pour les générations futures ?

“Difficile à voir, toujours en mouvement est l’avenir” (Yoda).