Conférence de presse de « Le dernier duel ».

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Le 24 septembre 2021, nous avons pu assister à la conférence de presse de Le dernier duel en présence de Ridley Scott (réalisateur), Jodie Comer (actrice) et Nicole Holofcener (co-scénariste). Nous vous avons retranscrit partiellement l’ensemble des questions et réponses.

affiche poster dernier last duel

Comment vous sentez-vous de présenter le film ici à quelques pas de là où les événements se sont réellement passés ?

Jodie Comer : Ça rend la chose encore plus spéciale, encore plus unique d’être ici dans ces lieux, c’est absolument unique. Et de voir Notre-Dame qui a été créé en construction dans le film et nous sommes là à Paris et c’est incroyable d’être ici.

Du point de vue de l’écriture et du scénario, en montrant la seconde et troisième partie assez similaire, n’avez-vous pas eu peur de perdre l’attention des spectateurs ? Une scène d’attaque jouée deux fois, trois fois… quel est votre ressenti ?

Nicole Holofcener : Il s’agissait là de la phase de l’agression et je dirais que cette agression, c’était deux angles différents. Sans ambiguïté il y a viol. Alors est-ce qu’on doit le montrer une fois, deux fois… et combien de temps cette scène doit durer. Et il fallait montrer deux fois et en intégrant le point de vue de Le Gris et de Marguerite.

Ridley Scott : C’est important du point de vue de Le Gris qui ne voit pas les choses, il fait pas la différence.

Jodie Comer : Je dirais que ces changements de dialogues ne pouvaient pas se produire et donc tout était question de jeu d’acteur. Nous nous sommes parlés avant la scène et voir ce qu’on voulait exprimer par cette scène jouée deux fois. C’est aussi une partie du film extrêmement forte et il fallait donc essayer différents jeux d’acteurs parce que parfois c’est pas évident. On entre dans un projet en connaissant votre propre intention et potentiel sans trop en savoir plus par rapport à ce qu’on attend de vous.

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Jodie Comer, comment on se prépare et quel est votre ressenti par rapport à cette scène de viol ?

Jodie Comer : Honnêtement, je dirais que je me suis sentie étrangement dans un état où j’étais entourée par l’équipe de Ridley et nous savions tous qu’il y a une sensibilité, qu’il fallait être là pour l’un et les autres. Il y avait un soutien. Je me suis sentie détendue. Il y a eu tout un travail où nous devions faire un choix, le côté émotion physique et dialogue, on a joué cette scène, on l’a préparé. Le jour suivant, on l’a tourné à trois reprises et je pense que dès la première prise, on a demandé à toute l’équipe de quitter le plateau juste pour s’assurer que durant 4-5 minutes on puisse se retrouver, savoir ce qu’on voulait explorer plus, changer. C’était extrêmement respectueux.

Jodier Comer, ce film est en trois parties. Durant les deux premières parties, votre personnage est vu à travers les yeux des hommes et pendant la troisième partie, c’est de votre point de vue de femme. Il s’agit de trois volets vraiment différents les uns des autres. Quelle a été votre difficulté par rapport à votre métier d’actrice ?

Jodie Comer : Je ne pense qu’il n’y a pas eu un volet plus difficile que l’autre. Nous avons tourné ces versions simultanément. Nous sommes dans l’histoire de Le Gris, puis de Carrouges. Est-ce que je déteste ou j’aime mon mari ? OK je l’aime et là non je déteste ce type là. C’est ce jeu de contradictions par rapport aux histoires de chaque volet. On essayait de bien se comprendre les uns les autres.

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Ridley Scott

Nicole Holofcener, parlez-nous de ces trois parties du scénario et de cette partie sur Marguerite.

Nicole Holofcener : Je dirais que des livres et ce qui ressort des travaux de recherche que j’ai mené, je dirais qu’il y a différentes parties, il a fallu comprendre ce qu’elle aurait pu ressentir, penser. Il fallait qu’elle soit capable de prendre son destin en main, plus que son mari. De faire entendre sa voix. J’ai écrit principalement son rôle, son histoire et Ben et moi travaillons ensemble et on échangeait. Ici j’ai fait moins d’écriture que Ben dans les deux premiers volets. C’était vraiment intéressant.

Je voulais savoir ce qui rend unique Adam Driver, qu’est-ce qui en fait un acteur unique ?

Jodie Comer : Je pense qu’en ce qui me concerne, il est incroyablement spontané et il fait pas sentir sa peur. C’est une énergie qui est constamment visible, il est charismatique. C’est pour ça que son rôle fonctionne tant. Moi j’aime bien ce type en fait, ça m’a renversé, l’alchimie qu’il peut dégager. Je suis un fan d’Adam.

Nicole Holofcener : C’est un miraculé.

Ridley Scott : Lorsque je prépare mes projets et que je dois sélectionner les acteurs… mais là c’est Matt qui m’a choisi, il m’a appelé et demandé si je voulais faire ce film, il m’a raconté le sujet. Et ensuite le film est arrivé. Tous les rôles sont écrits et tous les personnages sont importants. Je prends le temps qu’il faut pour la distribution pour identifier les acteurs, qu’ils soient techniquement bon et inventifs aussi. C’est génial quand un acteur fait quelque chose de pas attendu, j’avais pas pensé à ça et c’est génial.

Ridley Sott, avec le Covid, tout a été retourné, le tournage, la production. Et nous sommes dans une industrie où le box office n’est pas revenu à la normal. Quels ont vos espoirs et vos peurs pour la promotion de deux films en même temps (NDLR : House of Gucci et Le dernier duel) ?

Ridley Scott : On les a tourné en l’espace de deux ans finalement. La phase de montage , de tournage, de montage… quand j’arrive à la fin du film, on peut faire ça qu’avec un excellent monteur. Dès que nous avons dit « Couper », en l’espace de trois semaines, on avait notre film monté. D’habitude, c’est 12 à 14 semaines. Donc le film était prêt, j’étais en phase de production et de post-production. C’est frais dans votre tête. Je regarde chaque cadrage, chaque prise de vue… je prends du recul et je reviens dedans. Lorsque vous avez une histoire comme celle-ci, c’est vraiment unique.

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Nicole Holofcener

Les deux premières parties sont sous-titrées « La vérité selon Carrouges » et « La vérité selon Le Gris » et pourquoi le trois est juste « la vérité » ?

Ridley Scott : Et bien on a changé d’angle à chaque étape de cette histoire. C’est un choix de distorsion de la réalité délibéré. Alors pourquoi pas. En surface c’est complexe. C’est une façon d’aborder la chose de façon élégante.

Nicole Holofcener : Il y a une élégance à cela. Je ne me suis pas occupé des titres. Je l’avais écrit comme ça, que c’était la vérité. On n’a jamais pensé qu’elle mentait. On ne va pas sortir de ce film en disant quelle était la vérité. Là où on vous la dit.

Ridley Scott : Comment est-ce que cette femme a fait tout cela ? Si tout ce qu’elle avait dit n’était pas la vérité, c’était le risque du bûcher, de brûler vive.

Pourquoi avez-vous décidé de tourner dans le sud de la France plutôt qu’en Normandie ?

Ridley Scott : Je dirais que lorsque j’ai fait mon premier film à 41 ans, que j’ai beaucoup réussi dans le domaine de la pub. Quand vous réussissez et que vous avez de l’argent, vous oubliez tout. Je suis allé partout en France pour des projets de publicités. Un livre transformé en scénario pour un film j’ai pensé qu’à cet endroit. J’y étais été il y a 40 ans et tout la Dordogne a eu tant d’amélioration.

Jodie Comer, quel a été votre regard sur votre personnage ?

Jodie Comer : Je pense qu’elle est puissante. Quand j’ai fait mes travaux de recherche sur les faits historiques, c’est un crime contre les hommes et pas contre elle. Et à l’époque pour cette situation embarrassante, l’homme recevait des dédommagements pécuniers. Vous savez que c’est sa vie qui était en jeu et je pense que faire ce qu’elle a fait est absolument remarquable, la force qu’elle a pu démontrer. J’ai adoré qu’elle ait cette expérience et ça s’est définit par elle-même. Elle veut vivre et j’ai beaucoup aimé cet aspect. On a trouvé qui elle a pu être, découvrir sa personnalité.

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Jodie Comer

Sur la deuxième partie du film, quand j’ai vu le viol. Comment vous l’avez vu quand vous l’avez joué ? Quand vous l’avez écrit ? Était-ce vraiment vu comme un viol ?

Nicole Holofcener : Ce sont des viols.

Ridley Scott : Il n’y a pas trois points de vues. Le troisième point de vue, c’est la jalousie du mari. C’est un point de vue très spécifique. Cela aurait pu être comme considéré aux yeux d’Adam Driver, c’est comme si ça lui plaisait ce qui était en train de lui arriver.

Jodie Comer : Lorsque vous voyez Le Gris qui vit dans son monde, ses orgies, comment les femmes se comportent autour de lui, et bien ça c’était la norme mais ça vous donne une petite idée de ce qui est mérité selon lui. Dans les deux cas, nous avons des viols sans ambiguïté.

Ridley Scott : L’une des pires décisions pour les femmes violées est d’admettre qu’elle a été violée. Ça remonte à des siècles. On dit encore encore aux femmes qu’elles n’ont pas été violées. Une femme est violée toutes les 3 ou 4 minutes. La question est toujours aussi brûlante.

Pouvez-vous nous parler de la reconstitution très précise des décors et des costumes ?

Ridley Scott : J’ai ouvert des bouquins, j’ai écrit, j’ai dessiné comme un petit enfant. Je suis formé comme directeur artistique et j’ai travaillé à ce poste à l’époque. C’était une période fabuleuse et j’ai utilisé chacun de ces éléments. J’utilise un storyboard pour chaque film que je fais. Avant de voir le lieu du tournage, je filme ce storyboard, je couche le texte et le storyboard me parle. Je vois la géométrie du texte. Et là on fait les choses à l’envers. Je pars du story pour aller au tournage.

Votre volonté était de montrer trois personnages typiques de cette période : la femme de l’époque, un chevalier d’honneur et un personnage de cour ?

Ridley Scott : Oui et ça marche. Les duellistes (NDLR, film de Ridley Scott de 1977) étaient un western. À la fin de la dernière scène, on ne se rappelle plus quel était le litige. C’est ce qui se passe maintenant dans les pays, on oublie le litige initial. Comment on peut dire plus de choses violentes que la guerre dans le monde. Le but était de trouver un équilibre de ce qu’il s’est passé.

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